Pourquoi j'ai décidé de quitter Instagram
ECRITS
10/21/20244 min read
Après six années de bons et loyaux services, j'ai décidé de quitter Instagram. Ici, je vais détailler les raisons de mon départ.
Tout d'abord, ce n'est pas pour une question de développement personnel, du moins pas dans le sens habituel. On entend souvent des gens quitter Instagram pour gagner du temps, être plus productifs, créer des projets, etc. Ce n'est pas vraiment mon cas. J'ai déjà fait une pause de quelques jours et, au lieu d'être productif, j'ai surtout glandouillé. Je n'ai rien fait de concret, mis à part regarder des documentaires sur Internet. On ne peut pas vraiment parler de grande productivité.
J'ai lu et vu beaucoup de choses sur le développement personnel, mais je ne suis pas particulièrement en phase avec cette idée. On en parlera plus en détail dans le podcast.
La première raison de mon départ d'Instagram est liée à une question de quantité et de reconnaissance. Une des dernières stories que j'ai publiées montrait tous les projets sur lesquels je travaillais ou que j'avais l'intention de lancer. Pourtant, une bonne partie de ces projets ne verrait probablement jamais le jour. Alors pourquoi en parler ? Était-ce pour me motiver ou simplement pour chercher de la reconnaissance ? La réponse était probablement la seconde. Je cherchais des likes, des commentaires, et surtout la reconnaissance de certaines personnes en particulier à qui j'accordais une valeur particulière.
Je cherchais à m'attribuer de la valeur, de l'importance à travers ces interactions. En soi, tout le monde recherche la reconnaissance à un moment ou un autre de sa vie, et il n'y a rien de mal à cela. Mais lorsque l'objectif devient de montrer plutôt que de faire, c'est là qu'il y a un problème (du moins selon moi). Désormais, je souhaite réaliser des projets sans avoir pour objectif de les afficher. Bien sûr, il m'arrivera d'en parler au cours de discussions, comme tout le monde, mais ce ne sera plus une fin en soi. D'ailleurs, dans ce cas précis, je n'avais même pas encore commencé ces projets, et j'en parlais déjà.
Ce n'était plus une démarche professionnelle, mais purement personnelle. Les projets concernaient ma vie privée, et n'avaient plus leur place sur mon compte Instagram.
Les deux autres points concernent davantage le relationnel.
Si vous avez beaucoup d'amis et que vous regardez leurs stories tous les jours, il y aura toujours quelqu'un qui fait quelque chose d'extraordinaire. Cela finit par se mélanger dans votre esprit, et vous avez l'impression que tout le monde fait des choses intéressantes tous les jours, ce qui n'est évidemment pas vrai. Par exemple, la personne qui est allée à un concert un jeudi soir n'a peut-être rien fait d'autre de la semaine. Malgré cette connaissance, inconsciemment, vous pouvez croire que votre vie est moins intéressante, ce qui peut affecter votre moral.
L'autre aspect concerne la connaissance des autres. En tant que personne curieuse, qui aime apprendre, que ce soit sur les gens ou la culture, Instagram est une mine d'informations. Progressivement, on en vient à connaître les détails de la vie des gens : ce qu'ils font, qui sont leurs amis, etc. Plus on en sait, plus on en veut. Si je n'avais pas ma "dose" d'informations, je me sentais frustré. Je me demandais ce que faisait telle personne qui n'avait rien posté depuis quinze jours. Au lieu de simplement lui parler, j'attendais des stories et des posts comme un voyeur. Oui, ces informations étaient publiées volontairement, mais le fait qu'elles ne me soient pas adressées directement leur donnait un autre attrait.
Je me suis rendu compte de la toxicité de cette habitude et de son impact sur mon comportement dans la vie réelle. Lorsque je voyais les gens en personne, je savais déjà tant de choses sur eux que leurs interactions en face-à-face devenaient moins intéressantes. L'avatar virtuel devenait plus captivant que la vraie personne. Pour quelqu'un qui se considère humaniste, c'est un paradoxe flagrant.
J'ai toujours accordé trop d'importance au virtuel. Mon esprit comblait les lacunes et construisait des versions idéalisées des gens, très éloignées de la réalité.
Ces comportements ont fini par influer sur mon quotidien. Je passais entre 20 minutes et une heure par jour sur Instagram, ce qui n'est pas énorme en soi. Mais le vrai problème, c'était la fréquence : j'y allais plusieurs fois par jour. Je l'ouvrais, constatais qu'il n'y avait rien de nouveau, et le refermais. Chaque fois, ça ne durait que 30 secondes, mais je le faisais une trentaine de fois par jour. C'était devenu un automatisme, une habitude, voire une addiction qui affectait mon état d'esprit. J'étais récompensé lorsqu'il y avait du nouveau et déçu lorsqu'il n'y avait rien, plusieurs fois par jour. Cela a fini par se répercuter dans ma vie réelle, où je ressentais une frustration similaire si je n'obtenais pas l'information ou la satisfaction attendue.
Je ne veux plus de cela. Je veux retrouver la joie du réel, du spontané et de l'unique. Ce que je raconte, ou ce que les autres me racontent autour d'un verre, est unique. Même si je répète parfois les mêmes histoires, elles ne seront jamais racontées exactement de la même manière à chaque personne (contrairement à un post ou une story Instagram qui est la même pour tout le monde). L'histoire que l'on me racontera sera sans doute partielle, mais peu importe, elle aura une saveur bien différente de ce que je peux voir sur Instagram.